J’ai choisi de retracer ce que je sais de ton histoire pour rendre hommage à ton courage. Pour te connaître à défaut de te rencontrer. Pour mes enfants aussi. Pour que l’on ne t’oublie pas.

Samedi, Christelle Angano a présenté son dernier livre, Une lumière dans la nuit, à l’occasion de la célébration du 76e anniversaire du débarquement en Normandie. Une célébration annuelle chère aux normands… et dont on avait envie de vous parler à l’occasion de la sortie de ce nouveau livre. La parole à Christelle, Normande, au lendemain de cette journée commémorative.
6 juin 2020. Ce 76è anniversaire n’est pas comme les autres. Nous sortons tout juste de confinement, et pour la première fois, nous ne croisons pas de vétérans. Et pourtant, ici et là, on peut voir les villages, petites villes et autres agglomérations se mettre sur leur 31 pour honorer cette date. À Douvres, les commerçants se sont réunis pour égayer le centre-ville, ballons tricolores, tenues tricolores. C’est assez émouvant, cette volonté farouche de vouloir commémorer tous les ans cette date qui s’éloigne. Ici, les vétérans sont accueillis à bras ouverts, certains sont devenus des « familiers » et c’est toujours avec beaucoup d’émotion que l’on apprend que l’un d’entre eux ne sera pas au rendez-vous. Alors pourquoi ? D’où vient cet attachement à cette date ? Je crois que la réponse réside dans nos paysages, et notamment dans nos plages. Utah Beach, Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach, Sword Beach… Elle est là, notre mémoire. Ces plages que Verlaine, intiment lié à cet événement, n’aurait certainement pas reniées. Peut-être d’ailleurs a-t-il lui aussi, aimé arpenter ces étendues magnifiques. En ce qui me concerne, je les préfère à marée basse. Elles sont encore plus émouvantes, déparées et nues. Çà et là, quelques vestiges de la guerre apparaissent, au fil des marées. Caissons de port artificiel à Asnelles, épave au large de Utah Beach… Dans les dunes, d’anciens blockhaus ou une casemate sont là pour nous rappeler l’Histoire. On peut encore trouver parfois des mèches dans le sable, endormies là depuis 76 ans. Nos plages sont habitées, hantées, diraient certains. Ce n’est pas forcément triste, mais il règne, pour peu que la météo s’y prête une atmosphère pleine de solennité, de… gravité. À jamais, ces plages seront liées au 6 juin 1944, et ce n’est pas pour rien qu’une candidature pour une inscription des Plages sur la liste du patrimoine mondial (UNESCO) a été déposée en janvier 2018 par le gouvernement français, candidature actuellement en cours d’instruction.

Une lumière dans la nuit retrace l’histoire de Clara Chompton, l’arrière-grand-mère de l’auteure, déportée pour avoir apporté de l’aide à des parachutistes anglais. Il s’agissait de lui rendre hommage, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont œuvré, au péril de leur vie, pour que la France redevienne libre. La mémoire est essentielle, même si ces évènements peuvent paraître bien lointains pour les jeunes d’aujourd’hui.
Il y a quelques années, j’accompagnais des élèves au Mémorial de Caen. À l’époque, dans l’entrée, on pouvait visionner un film d’archive sur le DDAY. On voyait ces jeunes GI affronter les vagues, la peur au ventre. Ces images m’ont toujours bouleversée. Un de mes élèves se permit une plaisanterie plus que douteuse face à un vétéran. Devant ma mine contrite, le vieux monsieur médaillé lui proposa de lui raconter « son » débarquement. Il était là, dans l’eau. Avec son jeune frère de 17 ans. Ce jeune frère fut une des premières victimes du débarquement. C’est en se protégeant derrière le cadavre de son cadet que ce vétéran put atteindre la plage… La voix du vieil homme tremblait, et je me souviens avoir pris son bras. Il nous dit ensuite la culpabilité de ne pas avoir su protéger son petit frère, une culpabilité qui ne l’avait jamais quitté. Il nous raconta cela, des larmes dans les yeux et dans la gorge, le regard perdu dans le film qui se déroulait dans sa tête et sur l’écran. Je n’oublierai jamais. Il n’est peut-être plus des nôtres mais tous les ans, je pense à lui, et à son jeune frère, qui avait l’âge de mon fils. La Normandie est pleine de ces expériences de vie. Militaires, civils, premiers témoins, « sacrifiés » de cette période de l’Histoire.
Avec Une lumière dans la nuit, nous découvrons quelques détails méconnus du débarquement et notamment cette erreur de parachutage d’un petit groupe d’anglais largués au mauvais endroit, mais il s’agit surtout de redonner une existence à celles et ceux qui comme Clara Chompton, méritent, dans nos souvenir, la sépulture dont les évènements les ont privés.

Une lumière dans la nuit – Christelle Angano
Le 5 juin 1944, des parachutistes anglais censés être largués au-dessus de Merville-Franceville se retrouvent à 35 km de là, près de Barneville-la-Bertran, au sud d’Honfleur. Une poignée de civils leur porte secours. Le 18 juin 1944, tous sont arrêtés et déportés. Clara, mon arrière-grand-mère, était l’une de ces personnes. J’ai voulu retracer son parcours pour lui rendre hommage, et pour rappeler à nos souvenirs tous ces anonymes bas-normands qui ont oeuvré, au péril de leur vie, pour que nos enfants puissent connaître la liberté. Il me fallait écrire et raconter leur histoire. Parce que la mémoire est essentielle pour préserver la paix et pour que, plus jamais, ne s’éteigne la lumière.
Il me tarde de lire ton tout nouveau …..Merci pour le précédent Les fleurs du Lac .
Une fan . Aline
Bonsoir Madame,
J’ai fait des petites recherches sur le même sujet que vous, compte-tenu qu’une tante par alliance est impliquée dans cette malheureuse histoire.
Bonjour,
Je vous souhaite d’avoir trouvé les réponses… Oui c’est une histoire terrible, c’est pourquoi je suis heureuse d’avoir rendu hommage à Clara, mais aussi aux victimes de B a B… Cordialement. C Angano
Ah , ce mois de juin 1944 , plus exactement le 5 juin 1944 , des parachutistes anglais atterrissent près de Barneville- la- Bertran au dessus de Honfleur au lieu de Merville Franceville !!!
Vite !!!! Il faut les accueillir et les cacher !!!
Une poignée de civils s’empressent de leur venir en aide , avec courage , sachant que les peines encourues pour cet acte de bravoure , sont très lourdes , pour ce coup de coeur , somme toute, normal !
Mais… Voilà , les autorités allemandes ne l’entendent pas de cette oreille … Dès 5 h du matin ,ils arrêtent et déportent ces bienfaiteurs .. Le 19 juin 1944 … Parmi ces sauveteurs arrêtés se trouve ; Clara l’arrière grand mère de Christelle Angano !!
Cette écrivaine ne pouvait passer sous silence ces actes héroïques et l’histoire de « »Clara » » résistante et d’origine anglaise et de ces Bas Normands ,ses voisins … Ses amis …
Émouvante histoire que Christelle nous raconte dans « » Une Lumière dans la Nuit « » qui ne nous laisse pas indemne .
Comme une bougie dont la flamme vacille mais ne s’éteint pas …Dans la nuit noire …
Une lumière dans la nuit …La flamme de la liberté … Liberté de son prochain ..Même au prix de sa vie …
Merci pour ce retour… Et merci pour toutes ces photos qui accompagnent si bien mon livre et Clara, donc…
Ch Angano