Nous venons de publier le second roman de Raphaël Bée, Vitrines. On y retrouve le milieu professionnel de la mode et du luxe, mais aussi cet univers digital dans lequel baignait l’intrigue dans Shanghai Fan avec ses codes, ses clivages, ses ambigüités… Interview.

C'est quand ça divise que ça devient intéressant.
Une enquête où la beauté des images cache une froide réalité : rencontre avec Raphaël Bée

Raphaël Bée, Vitrines est votre deuxième roman. Comment le présenteriez-vous en deux secondes ?
C’est une enquête à travers des photos postées sur Instagram. La collision du Diable s’habille en Prada mis à l’heure des réseaux sociaux, et de Gone Girl chez les influenceuses.
Justement, les réseaux sociaux et les influenceuses semblent avoir inspiré les auteurs ces derniers temps. On les a vus dans de nombreus romans récents, chez Delphine de Vigan, Eliette Abecassis, Nora Sendor, Stéphanie Dupays, ou encore Francesca Serra. Les avez-vous lus ? Comment situeriez-vous Vitrines ?
J’en ai lu certains, toujours avec beaucoup d’intérêt. Si sur les réseaux sociaux chacun peut décliner son identité 2.0, voire s’en inventer une, normal que cela devienne un terreau pour inventer de nouvelles histoires. Ce qui compte toutefois, c’est de savoir dépasser les clichés. Nombreux sont les auteurs qui ne voient que la surface, et pensent avoir saisi la chose en la qualifiant de superficielle. Alors que tout est extrêmement codifié : les hashtags ont un sens, la pose ou la mise en scène est un langage… Les réseaux sociaux ont créé des grammaires : à chacune d’elle vient se greffer une communauté. Vitrines est certes une fiction, mais une fiction qui décrypte la matrice. C’est du divertissement documenté.
Ce décryptage, on le sentait déjà dans votre premier roman. Situez-vous Vitrines dans la lignée de Shanghai Fan ? Votre démarche d’écriture a-t-elle évolué ?
Les deux intrigues sont très différentes. Dans le décor et l’ambiance évidemment. La Chine. La France. Mais elles ont en commun ce fil rouge digital, omniprésent dans nos vies, à la fois structurel et destructeur.
Vitrines s’est aussi construit sur Shanghai Fan par rapport aux retours des lecteurs. La bascule intervient dès les premières pages, pour être tout de suite pris en étau. Quant au dénouement, il reste tout autant inattendu !
Sur votre compte Instagram @raphaelbee, vous mettez davantage en avant le lecteur que l’auteur, avec parfois des chroniques…cyniques ! Comme c’est à votre tour d’être jugé, vous ne redoutez pas un retour de bâton ?
Non. Au contraire d’ailleurs : j’attends les détracteurs de pied ferme ! Sur #bookstagram, il faut dire quand on aime, mais aussi quand on n’aime pas. Sinon, à quoi ça sert ? Moi, l’unanimité me fait fuir. C’est lisse, c’est aseptisé, c’est un consensus. Beurk. C’est quand ça divise que ça devient intéressant. Ça veut dire qu’on va choisir son camp. Qu’on va défendre, ou qu’on va attaquer. L’ennemi, c’est la neutralité. J’espère que Vitrines va diviser.
Le monde du luxe, de la mode : vous y travaillez, vous y inscrivez les intrigues de vos romans. Expliquez-nous !
Aujourd’hui tout est régi par des algorithmes. Sur nos écrans, on voit ce qu’on veut nous montrer, et on aime ce qu’on pense être légitime d’être aimé, en un clic, parce que des centaines d’autres ont aimé – cliqué – avant nous. Le luxe n’échappe pas à cette spirale, mais il a un pouvoir supplémentaire. Il peut créer la surprise dans la data. L’erreur 404. Parce que dans le luxe et la mode, le pouvoir appartient – encore ! – à des personnes. À des directeurs artistiques. À des divas, parfois, en tout cas à des gens, à des talents, qui ont une vision, une émotion particulière, capable de bouleverser les grammaires dont je parlais plus haut. Rien que l’intervention de @couturfu dans la mode a fait réviser les grammaires visuelles de nombreuses marques. Et c’est @couturfu qui signe la préface de Vitrines. Ça n’a rien à voir et c’est ça qui est beau. Il faut défier les algorithmes !
Dans Vitrines comme dans Shanghai Fan, les femmes occupent une place centrale. Ce sont des personnages actifs et volontaires. Au contraire, les hommes présents dans vos histoires sont passifs, anecdotiques, presque insignifiants. Est-ce un choix, un hasard ?
Honnêtement je ne m’en étais même pas rendu compte ! Il faudrait voir ce qu’en pense la psychanalyse…
Une chose est sûre, c’est qu’en écrivant, on passe beaucoup de temps avec ses personnages. On vit avec eux et on est seul face à eux. Alors autant qu’ils soient d’une compagnie agréable. On va dire que je choisis mes colocataires.
Romans de Raphaël Bée aux éditions de la Rémanence
Sur Instagram, @encorejeanne est LA fille à suivre. Ses photos léchées, parfaitement cadrées, animent au quotidien ses milliers d’abonnés. Jusqu’au jour où, sans prévenir, elle s’arrête de poster. Faut-il y voir une pause qui ferait partie de sa stratégie d’influence ? Ou bien faut-il s’inquiéter de cette absence prolongée ? Et surtout, que sait-on vraiment d’une fille dont on ne connaît que les photos carrées ?
Le milieu de la pub dans l’empire du Milieu. Clem a voulu tenter l’expérience et la voilà happée dans le tourbillon d’une ville qui ne s’arrête jamais. Partagée entre sa relation à distance avec Margaux et sa vie d’expat, elle se voit confier l’organisation d’un événement pour Shanghai Fan, la nouvelle marque de luxe dont tout le monde parle. Mais rien ne va se passer comme prévu. Rivalités, combines et jalousies s’enchaînent, à l’image de la démesure de la ville, tantôt attachante, tantôt terrible.
Laisser un commentaire