Donner corps à des personnages, et les animer, dans des moments de vie singuliers et déterminants

Béatrice Rieussec écrit des nouvelles. Nous venons de publier Chemins de traverse, son second recueil. À cette occasion, nous lui avons posé quelques questions pour faire connaissance.

Béatrice Rieussec, qui êtes-vous ?
Plus j’avance dans l’existence, moins il m’est facile de répondre à cette question, ! Alors voici quelques repères. Je suis née au Maroc où j’ai vécu mon enfance et le début de mon adolescence. J’habite en région Lyonnaise, je suis mère et grand-mère.
Je suis une amoureuse des mots. Ils ont toujours eu beaucoup d’importance dans ma vie :
Dans mon métier d’avocate, spécialisée en droit des personnes, pour donner voix à ceux qui n’ont pas la possibilité de se faire entendre, ou qui sont confrontés à des conflits qui les dépassent.
Dans ma vie relationnelle où j’ai toujours défendue la parole, même maladroite plutôt que le silence ou le non-dit.
Dans mon admiration pour les écrivains en recherche du mot juste, dans mon goût pour le théâtre.
Outre l’écriture et la lecture, j’aime la montagne, un coin de Haute Maurienne en particulier, j’aime la Bretagne, pour ses paysages changeants, pour le mariage de la mer et du ciel et ses horizons si vastes.
Depuis quand écrivez-vous des nouvelles ?
Depuis une vingtaine d’années. J’ai commencé grâce à un atelier d’écriture. J’écrivais depuis longtemps pour moi, plutôt sous forme de notes et de journal et puis j’ai eu envie d’être lue, de partager. Je me suis sentie assez à l’aise dans ce format court et condensé. J’ai rapidement eu envie de donner corps à des personnages, et de les animer dans des moments de vie singuliers et déterminants. La nouvelle m’a permis de boucler de petites histoires et d’aller au bout d’un projet en publiant en 2018 un premier recueil, déjà avec les éditions de La Rémanence.
Vous publiez un deuxième recueil, êtes-vous définitivement tournée vers la nouvelle ?
J’ai envie de défendre ce format qui est plutôt méconnu et trop peu considéré en littérature, en tout cas en France. La nouvelle est un genre à part entière, ce n’est pas du sous roman, et en écrire demande des qualités particulières. Il faut arriver, en peu de mots, à être efficace, à poser un univers, une ambiance qui accroche le lecteur et lui donne envie de poursuivre. Je reprends volontiers cette image entendue dans une émission de radio « la nouvelle, c’est une flèche qui doit partir et atteindre le lecteur instantanément ».
Jusqu’alors, je n’ai pas eu envie d’aller vers le roman mais je n’ai pas dit mon dernier mot.
Comment définiriez-vous votre style ?
Il m’est plus facile de dire ce qu’il n’est pas ! Il n’est ni poétique, ni fantastique, ni lyrique, ni surréaliste… Il est plutôt précis, au service d’histoires qui puisent dans le réel et le quotidien et mettent en scène des personnages souvent cabossés par la vie.
Je crois également qu’il est fluide, assez simple, et que le lecteur ne peut pas déceler l’important travail qu’il y a « derrière ». C’est un travail d’élagage, où je traque tout ce qui est inutile.
Je pense aussi que le lecteur peut sentir la tendresse que j’éprouve pour mes personnages à travers mon écriture.
Que diriez-vous à un lecteur pour l’inciter à vous lire ?
Je lui dirais que l’avantage des histoires courtes, c’est qu’elles peuvent se déguster à la faveur d’un petit moment, dans les transports en commun ou le soir avant de dormir pour faire une petite transition avec sa journée, qu’il n’est pas besoin de les lire dans l’ordre du recueil, que sur la dizaine qui figurent dans le recueil, il serait bien étonnant qu’aucune ne résonne.
Je lui dirais aussi que la lecture d’une nouvelle offre une place au lecteur qui a tout le loisir d’imaginer une suite ou d’autres aventures pour le personnage.
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